La classification Vox-Atypi

 

Les humanes :

Originaires de Venise, les humanes reçoivent parfois le nom de véniciennes. Elles s’inspirent des textes du Moyen-Âge que les humanistes avaient transmis en écritures caroline et y joingnent des capitales inspirées d’inscriptions lapidaires romaines. Ces caractères dits romains ont servi à émanciper l’imprimerie du manuscrit qu’elle avait copié au début par l’utilisation des caractères gothiques.

La caractéristique la plus remarquable, mais pas absolument indispensable, est la barre oblique
du e bas de casse.

Exemple : Adobe Jenson
 
Empattements :
triangulaires à la base du fût, généralement plus épais que pour les garaldes.
 
Axe :
très incliné vers l’arrière, garde la mémoire de l’écriture manuscrite.
 
Pleins et déliés :
très peu différenciés d’où un gris typographique marqué demandant un interligne additionnel.
 
Œil :
des bas de casse ouvertes et grandes (œil optique), hauteur des capitales égale à celle des ascendantes des bas de casse.

 

Les garaldes :

Issues de la Renaissance italo-française, les garaldes s’écartent de l’influence manuscrite. Utilisées durant tout les xvie et xviie siècles, ce sont les caractères de l’époque classique de la typographie, mais leur finesse est souvent annihilée par la pression importante entre papier et caractères. Leur tracé se fait plus rigoureux que celui des humanes.

Le nom des garaldes est constitué à partir des noms de deux de leurs principaux promoteurs : Garamond et Alde Manuce. Ce dernier leur adjoignit les italiques. Par leur noblesses, les garaldes connaissent un regain de succès depuis le reflux de la vogue des lettres construites et austères de l’époque moderne.

Exemple : Adobe Garamond
 
Empattements :
triangulaires quoique assez larges et fins, légèrement concaves à la base.
 
Axe :
par rapport aux humanes, l’axe des pleins et déliés se redresse.
 
Pleins et déliés :
assez marqués et finement dessinés. Ils présentent un bel équilibre qui confère une majesté certaine à ces varactères.
 
Œil :
dessin assez ample, mais les parties fermées (a, e, etc.) sont généralement resserrées. Capitales légèrement plus petites que les ascendantes bas de casse.

 

Les réales :

Caractères de la première moitié du xviiie siècles, ils sont marqués par l’époque des monarchies de droit divin et par l’esprit rationnel des encyclopédistes. Compromis entre la lettre écrite et la lettre construite, ils sont utilisés dans les journaux du monde entier et dans l’édition pour leurs qualités de lisibilité et leur résistance aux contraintes techniques.

S’écartant un peu plus d’un dessin empreint de l’influence de l’écriture manuscrite, les réales poursuivent le processus de rationalisation déjà entamé avec les garaldes.

Exemple : Times New Roman
 
Empattements :
triangulaires, bien apparents, comme pour les humanes.
 
Axe :
presque vertical. Cette évolution préfigure les caractères construits où l’axe ne sera plus du tout incliné.
 
Pleins et déliés :
très marqués.
 
Œil :
au niveau des proportions, les réales se rapprochent davantage des humanes que des garaldes.

 

Les didones :

Les principaux promoteurs des didones sont Didot en France et Bodoni en Italie. Caractère fragiles, leur utilisation a été: possible par l’amélioration des conditions techniques. Créés à la fin du xviiie siècles, ils seront utilisés durant tout le xixe siècle. D’un rendu austère et d’un gris typographique marqué, ils ne manquent pas d’une certaine majesté. Ils combinent à la fois rigueur et théâtralité, ce qui leur vaudra un usage intensif dans les secteurs de la mode ou du luxe.

Exemple : Bodoni
 
Empattements :
filiformes, même dans les versions grasses.
 
Axe :
vertical. On quite le domaine de la lettre manuscrite.
 
Pleins et déliés :
très contrastés, avec un passage abrupt entre pleins et déliés. Les fûts et les obliques doubles sont différenciés.
 
Œil :
ouvert, d’inspiration géométrique. Les bas de casse sont assez grandes par rapport aux capitales.

 

Les mécanes :

Produites au début de l’ère du machinisme, les mécanes seront en usage durant le xixe siècles pour la réclame. Leur usage s’élargira au xxe siècle par le recours à de légers pleins et déliés permettant de les utiliser comme caractères de texte. Dans leur version maigre, les mécanes ont un empattement filiforme, mais la quasi-absence de pleins et déliés permet de les distinguer des didones.

Variantes : mécanes anglaises quand la partie supérieure de l’empattement du bas se raccorde au fût par un congé arrondi (comme pour les humanes, garaldes et réales) et mécanes italiennes quand il y a exagération des empattements (comme dans les affiches « western »).

Exemple : Rockwell
 
Empattements :
rectangulaires, « à plaquettes » ainsi que les désignent les Anglo-Saxons, comme si la lettre était chaussée.
 
Axe :
La notion d’axe s’efface car les pleins et les déliés des caractères antiérieurs sont abandonnés.
 
Pleins et déliés :
Tous les traits ont la même épaisseur, sauf dans les versions du xxe siècle où les pleins et déliés feront un timide retour.
 
Œil :
bien ouvert, caractères construits géométriquement, bas de casse grandes par rapport aux capitales.

 

Les linéales :

Ce sont les mécanes débarrassées de leurs empattements. Cette version minimaliste de la lettre, libérée des empattements, crochets et attaques, permet davantage de déclinaisons, du très maigre au très gras, de l’étroite à la large. Créées au xixe siècles, les linéales sont dites à bâtons et rappellent les inscriptions grecques. Elles ont notamment été promotionnées par le mouvement allemand Bauhaus.

Elles sont aussi appelées « gothic » en Amérique, « Grotesk » par les Allemands et « égyptiennes » par les peintres en lettres.

Exemple : Futura
 
Empattements :
absents.
 
Axe :
inexistant pour les linéales « classiques » dépourvues de pleins et déliés.
 
Pleins et déliés :
inexistants pour les premières linéales. Légers pleins et déliés « humanisant » le tracé des versions plus modernes.
 
Œil :
grand et ouvert, bas de casse assez grandes par rapport aux capitales.

 

Les incises :

Si cette classification reposait jusqu’ici sur une base essentiellement chronologique, elle s’en écarte à présent. Les incises s’inspirent en effet des caractères gravés dans la pierre, principalement dans l’Antiquité gréco-latine. On rattache aux incises des polices très différentes mais possédant quelques traits particuliers : l’aspect « gravé », la présence d’empattements (ou d’amorces d’empattement) en forme de triangle (Copperplate) ou la forme évasée des fûts (Lithos).

La plus connue des incises est sans doute l’Optima, que la présence de fûts incurvés différencie des simples linéales (certaines incises peuvent être proches des manuaires ou des décoratives). Certaines polices de cette famille ne possèdent pas de caractères bas de casse.

 

Les scriptes :

Créées et utilisées dès le xviie siècle à l’imitation des écrits diplomatiques des chancelleries, les scriptes copient l’écriture courante, rapide, à main levée, à l’inclinaison souvent prononcée et avec des amorces calligraphiques. Elles seront vite réservées à certains usages particuliers et ne supportent généralement pass la capitalisation. Il s'en trouve de très fine et élégantes comme les anglaises, mais d’autres imitent l’emploi du fusain, du feutre, du pinceau, de la brosse, etc.

 

Les manuaires :

Ce sont des lettres qui imitent l’écriture lente à main posée. À l’inverse des scriptes, elles ne comportent pas d’amorces calligraphiques et peuvent subir la capitalisation. On peut les diviser en deux sous-groupes : les anciennes manuaires ou gothiques (black letters pour les Anglo-Saxons) et les modernes où se trouvent notamment les imitations de texte de bulle de BD mais aussi des onciales de l’époque carolingienne ou des imitations de gothiques.

 

Les gothiques (ou fraktur) :

Sous-groupe des manuaires, les gothiques ont été élevées au rang de classe à part entière (sous le nom de fraktur). Elles constituent les plus anciens caractères puisqu’imitant les manuscrits et, à ce titre, devraient figurer en tête d’une classification chronologique. Mais dans l’imprimerie des débuts, elles furent vite remplacées par les humanes, plus lisibles et d’un usage plus commode. Les caractères gothiques d’imprimerie recèlent une grande variété de genres : la textura anguleuse des début (Goudy Text), la rotunda plus ronde et aux capitales plus lisibles (San Marco), la bastarda qui devient cursive (Duc de Berry). Les gothiques ont surtout connu un usage intensif en Allemagne et y sont toujours appréciées (elles forment le groupe des frakturs).

 

Les décoratives :

C’est évidemment une classe fourre-tout où l’on glissera les caractères dont le dessin présente quelques fantaisies. Certaines combinent capitales et bas de casse en une seule série, d’autres n’existent qu’en capitales. Les possibilités sont infinies…

Souvent très typées, leur dessin évocateur peut être chargé de puissantes connotations.

 

Les polices non-latines :

Il ne s’agit pas d’une classe à part entière mais bien plus d’un fourre-tout où placer les innombrables polices nécessaires à toutes les langues du monde, anciennes ou modernes. Bien que certaines soient faciles à utiliser moyennant l’apprentissage de la frappe ou le changement de clavier, la plupart nécessitent l’adaptation du système d’exploitation pour pouvoir être employées. Télécharger une police sur Internet ne suffit pas…

Les exemples présentés ci-dessous sont Pars Ziba, SPTiberian, Ismini et JayCons

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