La typographie, késako ?

 

L’avant son ère :

Avant l’apparition de la typographie en Occident, vers le milieu du xve siècle, la reproduction et la copie de textes se faisait presque exclusivement sous forme manuscrite.
Toutefois, il existait depuis le xive siècle un mode de reproduction rudimentaire : la xylographie (impression d’illustrations ou même de textes, gravés à l’envers sur une planche de bois).

 

De son étymologie :

Le mot typographie a été formé de deux éléments tirés du grec : tupo, aux significations multiples : marque imprimée par un coup, empreinte de pas, de monnaie, d’un sceau, caractères gravés, signes d’écriture, travaux en relief en sculpture, forme, figure, image, contour ; et graphein, écrire.

Cependant, ce mot n’apparaîtra pour qualifier « le nouvel art d’écrire en lettre de métal » que vers la moitié du xvie siècle alors que la technique typographique avait déjà plus d’un siècle d’existence et de pleine activité.

 

Son inévitable invention :

En Occident, la typographie est née du besoin de multiplier les textes et, dans un second temps, de propager les idées et le savoir et de combattre l’obscurantisme du Moyen Âge.

Dès le xiie siècle, la diffusion d’ouvrages scientifiques et d’une littérature de délassement s’était opérée au sein de la noblesse et de la bourgeoisie. Face à la rareté et aux coût des codex manuscrits sur peau, la nécessité se faisait impérieuse de trouver une réponse à ce désir de plus en plus pressant de reproduire les écrits en grand nombre et rapidement, et d’en faciliter l’accès pour un coût supportable à un public le plus large possible.

À la même époque débute en Europe la fabrication du papier. Par son moindre coût, il deviendra l’auxiliaire indispensable de l’imprimerie typographique dès sa naissance au xve siècle et aidera cette dernière à réaliser son objectif premier : reproduire des écrits à moindre coût.

Dans les premiers temps de la typographie, l’emploi des caractères métalliques mobiles qui autorisaient leur réutilisation ne présentait pourtant pas la souplesse de l’impression xylographique : il n’était pas possible d’effectuer rapidement des réimpressions car il fallait au préalable recomposer le texte de toutes les pages. Compte tenu du nombre limité et du prix élevé des caractères, ils étaient immédiatement redistribués en casse après utilisation.

 

À ses débuts :

Mis à part la fabrication du papier, le typographe était un véritable homme-orchestre qui devait s’occuper de tous les aspect de son activité.

Selon le scénario établi au xve siècle par Gutenberg, de son vrai nom Johannes Gensfleisch (1397-1468), les imprimeurs de l’époque devaient imaginer et dessiner leurs caractères, taillaient poinçons et matrices pour chaque corps, préparaient l’alliage métallique, coulaient les caractères manuellement, élaboraient leur encre, assemblaient les caractères en texte mis en forme et procédaient ensuite à l’impression sur des presses en bois. Il leur restait alors à effectuer la reliure des recueils ou des livres.
Les caractères étaient en gothique au début, seules lues du plus grand nombre, mais ils s’en écartèrent vite au profit d’une minuscule caroline héritée de l’époque de Charlemagne, en usage chez les humanistes et d’une majuscule empruntée aux inscriptions lapidaires romaines de l’Antiquité.

Au fur et à mesure que la profession se spécialisait, l’exercice de la typographie de limita au fil des siècles à celui de compositeur et de pressier ; le premier procédait à l’assemblage manuel des caractère et de la forme contenant les divers éléments imprimants et se chargeait de l’imposition qui règle l’ordre des pages pour qu’après impression et pliage, leur suite logique de lecture soit assurée ; le second assumait la phase d’impression, toutes les autres opération étant dévolues à des professions auxiliaires.

 

Sa diffusion dans toute l’Europe :

L’imprimerie que pratiquèrent Gutenberg et ses collaborateurs à Mayence se propagea dans toute l’Europe à la suite d’opérations militaire dans cette ville. À travers l’Empire germanique d’abord, puis : Subiaco (1464), Rome, Venise (1465), Bâle (1468), Paris (1470), Lyon (1473), Hongrie, Belgique et Pays-Bas (1473), Pologne et Espagne (1474), Angleterre (1477).
N-B : Les millésimes et lieux d’implantation d’imprimeries typographiques sont ici donnés à titre indicatif tant les sciences bibliographique et historique donnent lieu à de fréquentes remises en question au fil des recherches et découvertes.

 

Son évolution l’écarte de sa définition première :

La mécanisation de la production des textes en plomb, survenue à la fin du xixe siècle, écornera quelque peu la définition de l’impression à l’aide de caractères mobiles.
La monotype, constituée d’un clavier produisant une bande de papier perforée qui commande une fondeuse, donnera des compositions en caractères mobiles et aura surtout la préférence des ateliers au service des éditeurs. Après impression, le plomb peut être refondu, la bande perforée conservant le travail en mémoire.
Les linotypes et machine assimilées produiront des lignes-blocs coulées d’une seule pièce à partir d’un assemblage de matrices individuelles commandé par clavier. Ces machines auront vite la préférence des journaux quotidiens ou des périodiques.

 

Son brusque déclin :

Depuis ses origines jusqu’à la fin du xviiie siècle, la typographie ne subit pas de profondes mutations. L’ère industrielle allait la sortir de sa routine par la construction de différents types de presses à imprimer. La fin du xixe siècle vit apparaître les premières machines à composer et le rôle du typographe assemblant ses lettres une à une s'en trouva d'autant rétréci. Néanmoins, cette production mécanisée faisait toujours partie du domaine de la typographie.

Un demi-siècle d’euphorie allait pourtant subsister avec l’apparition de la photographie et de la composition photomécanique qui approvisionnairent la typographie en images de toutes sortes. L’impression trichromique et quadrichromique que fournissait la photogravure autorisait la reproduction de photographies en couleurs.
Mais elle se trouvait pourtant déjà concurencée par la mécanisation de la lithographie qui prit un nom anglais : l’offset, et par celle de la gravure en creux qui aboutit à l’héliogravure.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la firme allemande Schnellpressenfabrik A.G. construisit des presses typographiques à platine et à cylindre de haute technologie communément appelées Heidelberg, ce qui relança pour un temps encore l’activité et faussa le jugement de beaucoup de professionnels sur l’avenir apparemment assuré de la typographie.

Mais c’est vers les années mille neuf cent septante (mille neuf cent soixante-dix) que la typographie, qui voyait son quasi-monopole égratigné un peu plus tous les jours, a brusquement perdu de sa superbe.
D’une part, d’autres procédés d’impression avaient inévitablement évolué et devenaient qualitativement et économiquement des moyens performants de production. D’autre part, l’apparition et le développement des photocomposeuses permirent d’employer bromures et films directement à leur usage, ils ne devaient donc plus s’adresser à la typographie dont ils dépendaient jusqu’alors pour la production des textes. Et c’est sans compter sur l’arrivée prochaine des outils informatiques avec notamment la PAO telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Ces éléments conjugués ont fait lâcher prise à la prodigieuse invention de la Renaissance qu’a été la typographie telle que l’ont connue Gutenberg, ses contemporains et successeurs.

 

En ce début du xxie siècle :

À l’aube de ce troisième millénaire, il reste à la fois beaucoup ou pas grand-chose à la typographie, selon que l’on a été formé au métier ou que l’on est venu à la PAO par d’autres voies. Soit que l’on est respectueux de certains usages qu’une expérience de plus de cinq siècles a élaborés, soit que l’on s’estime non solidaire, souvent par méconnaissance ou par facilité, d’une pratique jugée contraignante et poussiéreuse.

À l’heure actuelle, le terme typographie désigne plusieurs notions apparentées mais différentes :

art d’assembler des caractères mobiles afin de créer des mots et des phrases. Technique d’imprimerie mise au point vers 1440 par Gutenberg, qui n’a pas inventé l’imprimerie à caractères mobiles mais un ensemble de techniques conjointes : les caractères mobiles en plomb et leur principe de fabrication, la presse typographique, et l’encre grasse nécessaire à cet usage.
par extension, technique d’impression utilisant le principe du relief, comme les caractères mobiles en plomb, mais aussi les images en relief, d’abord gravures sur bois puis clichés en métal. La typographie a été pratiquement la seule forme d’impression jusqu’au xxe siècle, où elle a été progressivement supplantée par l’offset, lui-même issu de la lithographie inventée à la fin du xviiie siècle.
art et manière de se servir des caractères : choix de la police, du corps, de la mise en page, etc. Si la typographie a presque disparu en tant que technique d’impression, elle se perpétue donc avec l’impression offset et les autres techniques, ainsi qu’avec le numérique.

 

Conclusion 

On écrit et on imprime pour être lu, rendons donc la tâche la plus aisée possible au lecteur et si nous respectons l’orthographe et la grammaire, suivons aussi ces usages typographiques qui ont permis de structurer la langue imprimée.
Même si l’on est rebelle à une certaine uniformité, on doit pourtant admettre que la facilité de compréhension du message délivré est primordiale et que des habitudes pensées, justifiée si possible, peuvent aider le lecteur, même à son insu.

 

Quelques dates :


 
−3500 Invention de l’écriture, en Mésopotamie (écriture pictographique).
−3000 Les hiéroglyphes, en Égypte.
−2700 Écriture cunéiforme, au proche-Orient.
−1100 Apparition d’alphabets complets consonantiques.
−900 / −800 « Démocratisation » de l’écriture, alphabet phénicien en Grèce.
Apparition des voyelles dont les signes qui les représentent sont empruntés à l’alphabet araméen.
−800 / −700 Les Romains adoptent l’écriture des Étrusques, elle-même héritée de celle des Grecs.
−100 L’écriture lapidaire romaine atteint une maturité, une rigueur et une élégance encore jamais égalée.
100 L’écriture lapidaire romaine atteint la perfection.
100 / 200 Les chinois inventent le papier à base de fibre de lin, de chanvre ou de mûrier.
300 Invention de la xylogravure, technique de gravure sur bois.
500 Apparition des premiers caractères mobiles.
1000 Les chinois utilisent l'impression typographique à l'aide de caractères mobiles en terre cuite ou en bois.
1450 Gutenberg met au point les techniques d'impression typographique à l'aide de caractère moulés en plomb.
1796 Lithographie.
1822 L'héliogravure.
1876 / 1904 L'offset.
1890 La flexographie.

 

Retour au sommaire